Busy Bodies

9 nov. - 15 déc. 2018

Vous arrive-t-il parfois, devant une œuvre, d’avoir le sentiment que cela bouge ? Non que le tableau ou la sculpture soient réellement animés par quelque mécanisme, ni même qu’ils donnent à voir la représentation d’un mouvement, mais que malgré leur existence statique, quelque chose en eux fourmille, frémit et trémule comme mû par un désir de s’animer ?


Regardez devant vous. Les œuvres sculpturales de Frances Adair McKenzie se présentent comme des carapaces ou des mues d’animaux imaginaires posées sur le sol, elles-mêmes transformées en fossiles de vitrail. Vous tournez autour, en faites le tour. Suivant votre mouvement, chaque petite écaille de verre translucide lance de vifs reflets, et dessine des serpents de lumière par-dessus l’armature du vitrail, tout en lignes de cuivre et en coulées de plomb. Bien plus qu’une structure, ce réseau argenté vous happe à son tour dans un mirage d’images labyrinthiques où vous croyez déceler tantôt un motif géométrique, tantôt un treillis végétal, ou encore un paysage irisé — qui s’évanouit aussitôt pour se métamorphoser en une nouvelle vision fantastique. Deux paravents réalisés à partir de vitraux similaires zigzaguent dans l’espace, prêts eux aussi à se mouvoir. À l’instar des carapaces vidées de leurs occupants, ils ne dissimulent ni ne protègent rien. Ils s’exhibent au contraire dans leur transparence trompeuse, comme pour mieux attraper votre regard dans leur piège de lignes envoûtantes.


De loin, à travers les reflets de vitre, les couleurs vives des tableaux de Veronika Pausova vous font de l’œil. Il faut traverser l’espace, passer les paravents — peut-être même passer de l’autre côté du miroir — et s’approcher, s’approcher encore des œuvres pour en déchiffrer les charades visuelles. Des empreintes de pantalon, de col roulé et de slip, flottent dans des espaces abstraits comme s’ils avaient été jetés là précipitamment dans l’urgence du désir, tandis qu’une collection de sacs à main vous tendent leur poignée ou leur fermoir, vous invitant à plonger le regard dans leur trousse. Approchez-vous encore, jusqu’à vous coller le nez au tableau. Çà et là apparaissent des mouches, des yeux de poisson globuleux, des fleurs stylisées aux pétales acérés comme des crocs de prédateurs, une phalange de doigt baladeuse, et encore une autre, ou d’étranges sphères à huit pattes longues et tortueuses, telles des araignées de quelque espèce inconnue. Cela rampe. Cela grimpe le long des manches de pull qui se soulèvent. Cela gruge les pans ondulés d’un rideau rouge. Cela s’entortille et se niche dans les moindres recoins.


Réunies pour une exposition en duo à la Parisian Laundry, Adair McKenzie et Pausova proposent chacune à leur manière singulière des énigmes d’où émane une tentation d’animation, voire même un certain animisme des objets. Carapaces, sacs, vêtements, paravents : autant de voiles et d’enveloppes ici retroussés comme un doigt de gant, allègrement exhibés, et tendus sans honte aux visiteurs comme des appâts pour jouer avec notre regard, pour s’en jouer et déjouer notre propre désir de voir — et enfin l’exalter.


Post-scriptum : l’exposition se termine dans le bunker de la galerie, avec une vidéo d’Adair McKenzie qui assouvira – qui sait ? – les fantasmes d’animation qui vous auront démangé tout du long.


Ji-Yoon Han


Veronika Pausova, née à Prague en République tchèque, vit et travaille à Toronto, Canada. Elle détient un baccalauréat en beaux-arts de la Glasgow School of Art (2009) et une maîtrise en beaux-arts de la Virginia Commonwealth University (2013). Ses expositions récentes comprennent Drawing the Curtain à Hunt Kastner, Prague, République Tchèque; Age me a Heavy Twig à Franz Kaka, Toronto; Be Frictionless Latecomer à Simone Subal, New York; Forest House à Tatjana Pieters, Gand, Belgique; Chests in the Current à Motel Gallery, Brooklyn, New York; et Tasting the Waters à SARDINE Gallery, Brooklyn, New York. Pausova a participé à de nombreuses expositions de groupe dont notamment An Assembly of Shapes à Oakville Galleries, Oakville, Canada; Line and Verse à Andrehn Schiptjenko, Stockholm, Suède; You are Here à Peana Projects, Monterrey, Mexique; Gesture Play à Simone Subal, New York; et Seek Professional Help à Bureau, New York.

Veronika Pausova souhaite remercier le Conseil des arts du Canada pour leur soutien généreux.

Frances Adair Mckenzie est une artiste interdisciplinaire basée à Montréal. Sa pratique comprend l’installation vidéo, la sculpture d’animation, et des projets collaboratifs. Elle détient un diplôme en Nouveaux Médias de B.C.I.T. et un baccalauréat en beaux-arts de l’Université Concordia. Elle a exposé notamment au Musée d’art contemporain de Montréal; au Centre Clark, Montréal; au Musée d'art contemporain des Laurentides, St-Jérôme; et à la Satosphère de la Société des arts technologiques (SAT), Montréal. Son travail vidéo a été récemment présenté à Londres et à Berlin, elle à également participé à des projets collaboratifs en Islande et en Belgique. Plusieurs de ses animations lui ont été commandées par l’Office national du film. 

Frances Adair Mckenzie souhaite remercier OBORO et le Conseil des arts du Canada pour leurs soutiens généreux.