Sticky Pictures

8 sept. - 7 oct. 2017

Les tableaux récents de Janet Werner témoignent d’une nouvelle orientation dans la pratique de l’artiste. Celle-ci, reconnue depuis près de vingt ans pour ses portraits de femmes réalisés à partir de photographies extraites de magazines et de livres illustrés, met en relief les sources de ses œuvres à l’occasion de son exposition Sticky Pictures : non seulement le sujet photographié, mais aussi la matérialité de l’image imprimée, ses marques d’usure, sa présence sur un coin de table ou sur un mur, dans un espace que l’on imagine être celui de l’atelier. Dès lors, il ne s’agit plus tant de représenter une figure, de lui donner chair, que de mettre en scène la vie des images elles-mêmes — comme si l’image prenait sa revanche sur le portrait, et se frayait un chemin sur la surface du tableau, s’aidant de rideaux et d’ombres, de coups et de marques picturales. La figure humaine devient un spectre, une silhouette à peine esquissée ou un sourire sans visage qui se détache avec précision d’un vrac d’images ; elle a même déserté certains tableaux, qui ne montrent plus qu’un cadre vide ou un rectangle monochrome noir. À travers la mise en abyme de la peinture, de la photographie et de l’espace tridimensionnel, ce sont les images elles-mêmes qui semblent désormais se mirer dans un miroir ou vous lancer un regard de bête traquée. Ainsi l’artiste nous présente-t-elle dans Sticky Pictures des tableaux d’espaces équivoques, où des photographies mangées, barbouillées, épinglées deviennent les métaphores de notre rapport ambivalent mais tenace aux images comme sites de fascination et de mépris, d’indifférence et de projection fantasmatique.

 

Ji-Yoon Han